Notre battoir va enfin prendre du service, aujourd'hui, c'est la bugado. Si le petit linge était lavé fréquemment, la
bugade était la grande lessive faite traditionellement deux fois par an, une fois à la fin de l'automne, avant Noël et une seconde fois, un peu avant Pâques.
Ce travail pénible (surtout en hiver) se déroulait sur trois jours :
Le premier jour, le linge était d'abord prélavé : les bugadières à genoux dans des caisses garnies de paille, battaient le linge le plus sale pour le laver
grossièrement au savon de Marseille. Le linge le moins sale était mouillé.

Puis, dans une grande cuve (tinèu, bugadoun) en bois ou en zinc, on entassait le linge selon un ordre précis : draps de lin au fond, chemises et linge
de corps plus fin sur le dessus (uniquement du linge blanc). Le tout était recouvert d’un tissu de protection (flourié) sur lequel des cendres tamisées étaient déposées. On versait
ensuite sur le tout de l’eau de plus en plus chaude qui ressortait par un trou, au fond de la cuve. Celle-ci était de nouveau réchauffée et versée à plusieurs reprises sur le linge et les
cendres.
Ce "lessif", passant au travers du linge, enlevait la saleté. Il était récupéré dans un récipient sous le trou en partie bouché par un morceau de tissu pour éviter que le liquide coule
trop fort. Au fur et à mesure le lessif se chargeait des souillures du linge. Il est étonnant de voir à quel point ce liquide est doux au toucher : un véritable adoucissant naturel.
On laissait ensuite le linge reforidir.
Le lendemain, on procédait au rinçage. Les bassines de linge, chargées sur des charettes étaient menées au lavoir ou à la rivière pour être rincé à l'eau
froide et battu (bacelé) puis essoré.
Les draps et chemises étaient ensuite mis à sécher, étalés sur des buissons, dans les prés, sur des tréteaux ou les galets des rivières. Le linge, une fois sec,
était repassé, plié et rangé dans les armoires tapissées de tissus de protection (le bois jaunit le linge !) et parfumé de sachets et fuseaux de lavande.
Durant la semaine Sainte, la maison était récurée du sol au plafond, mais, il n'était pas de mise de faire la lessive à ce moment là pour ne pas attirer le malheur
sur le foyer.
Tout cela donne envie de blancheur et de fraîcheur printanière. Mais, pour l'instant, je vais préparer un petit article dans la suite logique de
celui-ci, sur le thème du repassage et de l'amidonnage. 