Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 13:51

   Les traditions liées au Carnaval qui étaient pratiquées autrefois n'ont plus aucun rapport avec le Carnaval actuel tel qu'il est possible de voir un peu partout de nos jours.

arlequin    Tout d'abord, toute la symbolique du carnaval d'autrefois c'est perdue. Comme beaucoup de fêtes, l'origine païenne du Carnaval ne fait aucun doute. C'est la fête de la fin de l'hiver et de ses rigueurs, c'est la joie de voir bientôt revenir les beaux jours et la vie qui renaît avec. La "mort" de l'hiver est représentée par un personnage fait de paille et habillé de chiffons : le Caramentran (Carême entrant).

   Ce personnage grotesque est parfois affublé du nom d'un personnage public peu apprécié ! Le but était d'exorciser les peurs et de faire sortir les ranceurs accumulées durant l'année. Une sorte d'inversion des rôles s'opérait alors, toute hiérarchie était abolie : le pauvre devenait riche ; le vieux, un jeune ; l'homme marié, un célibatire ; l'homme du peuple, un notable...

   Dans sa forme, le Carnaval n'est plus du tout non plus ce qu'il était autrefois. Si aujourd'hui il rime avec défilés d'enfants (vêtus en Spiderman, princesses, fées et Zorro en tous genres), il était surtout à l'origine le défouloir des jeunes hommes. Les costumes se limitaient à de vieux oripeaux (hauts de formes, vieilles redingottes, vêtements de femmes). Les visages étaient barbouillés de charbon afin de ne pas être reconnus.

   Déroulement : le Mardi-Gras, les cortèges se formaient et pouvaient prendre diverses formes selon les régions. Certains, se déplaçant de maisons en maisons quêtaient des oeufs et de la farine pour la confection des ganses, oreillette, navettes ou même un peu d'argent. Gare à ceux qui n'accueillaient pas favorablement les membres du cortège !

Le défilé, véritable défouloir, était l'occasion parfois de certains débordements : à Arles, un toupin de cendres était renversé dans les maisons, le mari soupsonné d'être cocu se voyait offrir l'aubade sous ses fenêtres, le boulanger était barbouillé de la suif de sa "panoucho", à Aureille (13), une "tardoule" (récipient contenant la lie visqueuse d'huile alimentant les lumignons) était additionnée de plumes et de cendre, le tout jetté dans les maisons, on bouchait les trous des éviers (qui donnaient directement sur les rues autrefois)...

Les autorités, civiles et religieuses, voyaient bien sûr d'un assez mauvais oeil ce défouloir collectif qui était néanmoins toléré...

On était bien loin des simples et gentils petits confettis lancés au visage !!!

bouffet dessinComme toujours en Provence, le cortège était accompagné de musiques et de danses. Des danses spécifiques et symboliques était éxécutées lors des carnavals : les Fileuses (lei fieloua), la danse des Folies d'Espagne, les Cocos, les Chivau-frus, l'Arlequine mais surtout, la grivoise danse des "Bouffets" (un petit coup d'oeil ici pour des photos) exécutée le Mercredi des Cendres. Des hommes vêtus de chemises, culottes et bonnets de nuit blancs, le visage enfariné et munis de soufflets remplis de farine défilaient en chantant ce refrain :

"Sian uno bando de bravo jouventuro

Avèn un grand fue que nous brulo.

Se sian imagina pèr se lou fa passa

De prendre dei boufet au cuou se fa boufa."

(Nous sommes une bande de braves jeunes qui avons un grand feu qui nous brûle. Nous avons imaginé pour le faire passer, de prendre des soufflets et de se souffler au "cuou").

   Le cortège paradait dans les rues transportant le "Caramentran" qui était accusé de tous les maux (une mauvaise récolte, un temps peu favorable aux cultures, la maladie, la disette)... Ce "bouc émissaire" pouvait aussi prendre la forme d'une vieille femme, la "Chaude-Vieille" dans la région de St Rémy (13), un chat, à Gap (05), une sorcière à Orcières (05), le pailhassou à Nice (06)...

L'accusé avait droit à un procès avec avocat plaidant sa cause mais, le verdict était invariablement entendu d'avance : l'accusé était condamné ! Brûlé sur un bucher le plus souvent, parfois noyé comme à Marseille.

Des chants d'adieu accompagnait l'exécution du Caramanantran :

"Anan brula lou paure Carnava, tu t'en vas e iéu m'entorne.

Adiéu paure Caranva" !

La joie éclatait alors, les beaux jours prometteurs allaient enfin arriver et la nature renaître...

 

Sources documentaires : Le Folkore de la Provence, Claude SEIGNOLLE, ed. HESSE, 1963.


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