Mardi 30 juin 2009
2
30
/06
/Juin
/2009
10:41
C'est une histoire d'amour qui se passe à une époque où les jeunes hommes savaient parler d'amour et où les jeunes filles étaient un peu
plus farouches (pour la forme...). Je vais
vous la raconter...
O Magali, ma tant amado,
Mete la tèsto au fenestroun !
Escouto un pau aquesto aubado
De tambourin et de violun.
Es plen d'estello, aperamount
L'auro es toumbado,
Mai lis estello paliran,
Quan te veiran !
Oh, Magali, ma bien aimée, mets la tête à la fenêtre, écoute un peu cette aubade de tambourins et de violons.
Le ciel est plein d'étoiles mais, les étoiles paliront quand elle te verront !
(Moi déjà, si on me parle comme ça, je viens dessuite. Mais bon, Magali, elle, elle va un peu résister, vous allez voir...).
Pas mai que dou murmur di broundo
De toun aubado iéu fau cas !
Mai iéu m'en vau dins la mar bloundo
Me faire anguielo de roucas.
Pas plus que du murmure du vent dans les branches, de ton aubade, je ne fais cas. Et je vais dans la mer blonde me faire anguille de
rocher.
(La belle néglige les paroles de son amant et fuit : quoi de plus glissant qu'une anguille ! Mais, l'amoureux est coriace...).
O Magali ! se tu te fas
Lou pèis de l'oundo,
Ieu, lou pescaire me farai,
Te pescarai !
Oh, Magali, si tu te fais poisson, je me ferais alors pêcheur, et je te pêcherai.
(Mais la belle trouve la parade :
).
Oh ! Mai, se tu te fas pescaire,
Ti vertoulet quand jitaras,
Ieu me farai l'aucèu voulaire,
M'envoularai dins li campas.
Si tu te fais pêcheur, je m'enfuirai et je me ferais l'oiseau rapide pour m'envoler dans les champs.
(Le prétendant, se fera évidemment chasseur ! Magali se fait alors, fleur de prairie, nuage pour fuir aux Amériques (!!!), rayon de soleil et nonne dans un couvent. Le "calignaire" (l'amoureux)
trouvant toujours la parade, la jeune fille veut se faire "la pauvre morte dans le suaire" pour lui fuir définitivement. Solution radicale à laquelle le jeune amoureux remédie en se faisant la
terre pour l'avoir finalement toute à lui !!!
Aro coumence enfin de crèire
Que noun me parles en risènt :
Vaqui moun aneloun de vèire
Pèr souvenènço, o bèu jouvènt !
Je commence maintenant à croire que tu ne te moques pas de moi. Voici mon anneau de verre (bijou modeste fréquemment porté par les
jeunes filles) pour te souvenir de moi.
(Enfin, la jeune femme cède devant l'acharnement du soupirant !).
O Magali me fas de bèn !
Mai, de te veire,
Ve lis estello, o Magali,
Coume an pali !
Oh, Magali, tu me réjouis ! Mais, de te voir, regarde les étoiles, Magali, comme elles ont pâli !
(Les étoiles palissent de voir Magali enfin paraître... où, plus simplement, ayant si longtemps traîné à recevoir positivement son amoureux, la lumière du jour est tout naturellement venue...
Mais, là, c'est mon mauvais esprit qui parle, ne retenez que la poésie de ce beau récit d'amour.)
Paroles de Fréderic Mistral (1855) qui avait peu de connaissances musicales, ses
quelques chansons sont écrites sur des mélodies traditionnelles. Il s'inspira pour "Magali" de la chanson à métamorphoses "Margarido ma mio", qu'il mit en musique sur l'air de "Bonjour lou
roussignou" : il raconte avoir entendu chanter cet air par Jean Roussière, l'un des laboureurs de son père, au Mas du Juge, à Maillane.
4