Le blog de Garibondy
Comme promis, voici l'histoire de la roue de brouette citée dans l'article précédent consacré à l'exposition "Objets rafistolés, rapetassés, bricolés"...
"C'était
durant la grande pénurie, pendant la guerre. Les magasins étaient vides. les gens n'avaient pas le loisir de gaspiller quoi que ce soit. Marius Roux, retraité à Saint-Maime, qui avait fait
autrefois le métier de tuilier, avait construit (...) un four sommaire, dans lequel il cuisait des jarres, des jardinières et des pots-àfleurs, pour dépanner ses voisins qui n'en trouvaient pas
dans le commerce.
Un jour, la roue de sa brouette rendit l'âme. En ce temps de pénurie, pour avoir du fer, il fallait s'inscrire en mairie pour obtenir des "bons matières". La liste d'attente était longue. il fallait donc trouver une autre solution. Le vieil homme imagina de fabriquer une roue en terre cuite. Dès le premier essai, le disque qu'il avait réalisé cassa. (...) Il se dit que ce devait être un problème de vibrations à amortir : il mélangea de la paille et des brindilles de bois à la terre. Après quelques jours d'usage, la nouvelle roue cassa à son tour. "Et si j'y faisais des trous ?..." se dit notre homme. C'est alors qu'il réalisa une roue à évidements. cette fois, l'invention était bonne. (...)
Je la trouvais un jour de 1957, intacte après dix ans d'abandon aux intempéries. Voyant qu'elle m'intéressait, il m'en demanda les raisons : c'est qu'elle était pour moi un symbole. Sans le savoir, et simplement pour répondre à un besoin précis, un humble artisan de Haute-Provence avait refait, en quelques jours, tout le chemin que l'humanité avait mis des siècles à parcourir pour passer de la roue pleine à la roue à rayons !"
Pierre Martel, L'Invention rurale, Alpes de Lumière n°69-70, 1980.
Aujourd'hui, je vous invite à aller visiter l'expo :
« Avec les moyens du bord : objets rafistolés, rapetassés, bricolés »…
présentée au Prieuré de Salagon, à Mane (04).

(profitez-en, l'expo a été prolongée jusqu'en décembre) !
"En 1980, Pierre Martel, fondateur du mouvement Alpes de Lumière crée une exposition où étaient présentées les activités des hommes au fil des saisons, les illustrant des ces « objets de peu » réparés, bricolés à la hâte, inventés pour un besoin particulier à partir de matériaux hétéroclites ou d’emprunts à la nature".
"Ces objets étaient pour lui le reflet d’un monde où rien n’était jeté, une société où l’on ignorait le gaspillage et où tout pouvait être réutilisé. En raison de l’absence de moyens financiers mais aussi d’une morale de l’épargne qui suscitait l’invention"…
Trente ans après, ces objets témoignant d’un sens de l’économie et d'une créativité particulière, font à nouveau l’objet d’une exposition pour être vus sous un angle neuf, à la lumière du reflet de notre société actuelle…
Objets inventés par nécessité :
- Roue de bouette en argile (elle a toute une histoire : je reviens lundi vous la raconter)...

Objets détournés :
Impossible à réparer, l’objet n’en était pas pour autant jeté. La preuve en quelques objets détournés avec ingéniosité de leur fonction première…
- Prenez une cloche à fromage et un bout de tissu : vous obtenez...

Un masque d’apiculteur !!!
- Jupon taillé dans une toile de parachute récupérée par la Résistance en 1944.

- Concasseuse à grains actionnée à l'aide d'une chaîne de vélo...

- Autres objets assez drôles : une burette réalisée avec une boite à cirage, une pendulette en boites à cigares et dont les aiguilles sont des plumes à encre...
Objets réparés :
Un élément manquant, perdu ou cassé sur un objet n’est pas un problème et ne nécessite pas forcément sa mise au rebus. Quelques exemples de réparations de fortune…
- Chaise rempaillée à l'aide de ficelle de boteleuse.

- "Brodequins" réparés à maintes reprises : coutures renforcées, pièces de cuir ajoutées, fers et clous renforçant les semelles... une chaussure peut peser jusqu'à 1,4 kg...

- Un seau en bois réparé à l'aide de fers à boeufs... Le résultat est plus que rustique !!!
- Un pied de verre cassé : pas de problème, on lui en fabrique un à partir d'un couvercle de "Phoscao" !

- Cahiers d’école : dès le plus jeune âge, les enfants sont formés à l'école à l'économie. Des conseils sont donnés au petites filles pour confectionner des "tissuthèques" de petits morceaux de tissus divers pouvant sevir à réparer vêtements et linge de maison. Un exemple d'exercices de reprisage et de pose de pièce (La photo n'est pas terrible mais même en y collant le nez dessus, on a du mal à distinguer la pièce sur le tissu écossais tellement elle est bien posée) !!!

- Drap reprisé et augmenté de multiples pièces... Exposé de cette manière, avec une lumière derrière, la pièce confine à l'oeuvre artistique...
- Ravaudages, rapetassages, reprises, pièces diverses...
Sur le bas d'une chemise,
Sur une coiffe plate de paysanne,
Avec un autre tissu sur une culotte fendue...
Et mon grand préféré de cette expo est...
Avec un pied de verre cassé maçonné dans un mur trouvé à St Geniez (04) : on obtient...
Un porte-manteau !!!
Par soucis d’économie ou rejet des excès de notre société de consommation, ces pratiques de récupération et de transformation réapparaissent et sont même remises à l’honneur. Rafistolages de bouts de ficelles, réparations de bricoleurs plus chevronnés et mieux outillés, recyclage d’objets de manière industrielle (pour exemple, des pulls fabriqués à partir de bouteilles en plastique) jusqu’aux artistes contemporains mettant par leurs créations en avant le recyclage et les déchets, apparaît un mouvement nouveau qui doit nous faire réfléchir et réagir sur notre manière de consommer et de jeter…
Trouvé un
carton d'épingles anciennes dans une brocante...
Autrefois, ces accessoires étaient indispensables au port du costume. Elles servaient à attacher certaines pièces de vêtement comme le fichu, les corsets souples, les caracos... Elles n'étaient pas uniquement utilisées en Provence mais dans toute la France, parfois avec une symbolique forte comme en Bretagne.
On trouve également des cartons d'épingles de communiantes ou de mariées.
Les épingles pouvaient faire office de cadeau de la part d'un prétendant : celui qui offrait le carton complet devait être très, très amoureux (l'expression "faire carton plein" ne viendrait peut-être pas plutôt de là) !?!
"Jusqu'au milieu du XIXe siècle, dans la plupart des villages de Provence, depuis Arles jusqu'à Grasse, les jeunes gens offraient des épingles aux jeunes filles qui venaient danser avec eux. Le nombre de ces épingles était en raison directe du degré de sympathie que le galant désirait témoigner, et la jeune fille, en les recevant avec plus ou moins d'empressement, exprimait ses sentiments de son côté."
Le Folklore de la Provence, Claude Seignolle.
Certaines sont dorées et la tête de chaque épingle est en verre recouvert de vernis nacré. D'environ 3 à 6 cm de long, celles dépassant les 7cm de long étaient plutôt destinées aux chapeaux.
Malgré un temps grisouille, la journée des Vieux Métiers cuvée 2011, dans le petit village d'Allemagne-en-Provence (04) s'est déroulée dans la joie et la bonne humeur... Ici, le soleil est dans les coeurs !!!
Tout d'abord, cette année, une très belle bugade au lavoir du village...
Et tout près, les repasseuses...
Cette année, de nombreuses présentations de métiers anciens sont venues s'ajouter aux précédents : nous avons eu l'occasion de voir pour la première fois un (vrai) géomètre et son matériel ancien...
Ainsi qu'un spécialiste de la création de calades qui a réalisé un magnifique travail pour le village en deux jours.
Une partie de manille sur le pas d'une porte...

Une marchande d'aulx et d'oignons...

Le petit âne gris de Provence faisait sont travail près de l'aire de battage du blé...

On trouve un "pau" de tout à l'épicerie-boucherie du village !

Que seraient les Vieux Métiers sans l'indispensable "Chez Madame" !
Heureusement, cette année, une nouvelle venue, Soeur Nicole, a remis les choses en ordre !!!
Fidèle au poste, Francis préparait son coulis de tomates...
Cendrine filait la laine de ses lapins et chèvres angora...
Et, toujours dans la rue "de fils et de laine", des dentelières exercaient leur art de patience et de précision...
Cette année, le nouveau garde-champêtre a très bien rempli son office...

Etaient présents aussi la perruquière, l'étameur, l'oustau du café, le bibliothéquaire, la postière, Françoise la vannière, Pascalette et son petit manège à pédales, l'Augustin et son orgue de barbarie, les viticulteurs, l'apiculteur, la matelassière, le stand de distillation de la lavande, la galerie des peintres, le fabriquant de nougat noir, le tailleur de pierre, le maréchal ferrand, le fabriquant de plateaux en bois (une tradition norvégienne présentée par un habitant du village originaire de ce pays !), les scieurs de long, le chasseur, le stand des chichis, le potier du village et le fabriquant de jarres, l'horloger, les "moments intimes" consacrés à la toilette autrefois ainsi que le stand du barbier...
L'exposition temporaire présentait cette annnée d'anciennes photos du village et de ses habitants : un très gros travail de recherche (bravo Christiane) et de mémoire pour les anciens du village !

- Mais, la journée s'achève et il est déjà l'heure !
- L'heure de quoi ?
- Mais du défilé (déshormais incontournable !) des petites culottes anciennes !
Bravo à tous les participants et aux amis visiteurs venus nombreux malgré les quelques gouttes tombées ce jour-là et...
A l'an que ven !!!
N'oubliez pas, les amis, que ce week-end ce sont les Journées du Patrimoine. N'hésitez pas à pousser les portes des musées et lieux publics ou privés (à visiter gratuitement le plus souvent !).
Ce dimanche 18, c'est aussi la :
Journée des Vieux Métiers

comme chaque année, dans le petit village
d'Allemagne-en-Provence (04).
Nous serons heureux de vous y accueillir, venez nombreux !!!